Louis Marie-Auguste Boutan

Publié le par Isabelle Souriment

Biographie

Louis Marie-Auguste Boutan est un biologiste français (Versailles, 6 mars 1859 - Tigzirt, 6 avril 1934).

Il travaille en biologie marine à Banyuls sur mer et décide en 1892 de photographier la vie sous-marine.

en 1906 donne des cours à la Faculté des Sciences de Bordeaux. En 1915, il développe avec son frère un appareil de plongée pour l'Armée. Il deviendra plus tard directeur du laboratoire de zoologie d'Arcachon, puis inspecteur des pêches à Tigzirt.

 

 

Publications

La Photographie sous-marine et les progrès de la photographie, 1900

 

 

Louis Marie-Auguste Boutan est le fils d'Augustin Boutan, (Lectoure, 4 juin 1820 - 24 mai 1900), inspecteur général de l'instruction publique. Il fait des études de biologie et d’histoire naturelle à l’Université de Paris. Il participe avec la délégation française à l’exposition universelle de Melbourne de 1880. En 1884, il va étudier sur place pendant six étés la biologie marine au Laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer. En 1886, il apprend à plonger et obtient son doctorat ès-sciences à Paris avec une thèse intitulée Recherches sur l'anatomie et le développement de la fissurelle. Comparaison de la fissurelle avec les types voisins.

 

En 1892, Boutan décide de photographier la vie sous-marine. Il fait construire en 1893 avec son frère Auguste une boîte étanche pour un appareil de type Detektiv à 6 plaques de 9 cm x 12 cm, avec lequel il prend plusieurs clichés en pose entre 3,5 et 11 m de fond. Encouragé par ces premiers résultats il fait construire ensuite un gros appareil amphibie à plaques de 18 x 24 cm et muni d'un objectif plus lumineux avec lequel il prend des photos instantanées. Il compense parfois l'absorption de la lumière solaire en profondeur avec un flash où un fil de magnésium brûle dans de l'oxygène, avec un temps de pose inférieur à la seconde. Il prendra enfin une photo télécommandée à l'aide d'un électroaimant et de deux arcs électriques étanches, en instantané à 50 m de profondeur.

 

En 1884, il va étudier sur place pendant six étés la biologie marine au Laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer et travaille particulièrement sur un gastéropode marin, la fissurelle (Diodora italica). Ce mollusque ne survivant que quelques jours dans l'aquarium du Laboratoire, Louis Boutan décida de se faire scaphandrier pour étudier directement son développement au fond de la mer. La thèse qu'il rédigea à cette occasion, intitulée Recherches sur l'anatomie et le développement de la fissurelle. Comparaison de la fissurelle avec les types voisins, lui permet d'obtenir son doctorat ès-sciences à Paris, en 1886.

C'est au cours de ces recherches qu'il fut littéralement émerveillé par la découverte des paysages sous-marins « avec leurs prairies aux hautes herbes, leurs escarpements de rochers aux cavités peuplées de toute une faune ». Ses travaux le feront considérer par la suite comme un précurseur dans le domaine de la photographie sous-marine.

 

Le premier caisson rigide à pression compensée

Louis Boutan comprit que là où il restait suffisamment de lumière pour agir sur la rétine du plongeur, il devait être possible d'enregistrer une image photographique. En 1893, conscient des difficultés qu'il allait devoir surmonter, il entreprit avec son frère Auguste, ancien élève de l'École Centrale, de construire la première chambre photographique étanche. Il ne faut pas perdre de vue qu'à cette époque, les plus petits appareils utilisaient des plaques de 9 x 12 cm (les photos étaient tirées par contact et non agrandies, la visée se faisait sous le voile noir et la sensibilité des émulsions était très faible. En outre, avec des formats importants auxquels nous ne sommes plus guère habitués, l'obtention d'une profondeur de champ importante nécessitait l'usage de très faibles ouvertures relatives, de sorte que les poses étaient nécessairement très longues.

Le premier appareil utilisé en plongée fut une chambre 9 x 12 non extensible, de type Detektiv, capable d'exposer successivement 6 plaques de verre. Cette chambre était logée dans une boîte parallélépipédique en cuivre dont le couvercle était rendu étanche par un joint de caoutchouc serré à l'aide d'arceaux métalliques. Cinq trous fermés par des plaques de verre étaient destinés à l'objectif et aux divers viseurs. Deux passages étanches permettaient de commander l'obturateur et le changement des plaques. La mise au point et l'ouverture du diaphragme étaient fixés à l'avance, avant l'immersion du caisson.

Afin d'éviter les effets de la pression de l'eau sur le caisson, celui-ci était relié par un tube à un ballon externe rempli d'air et qui se comprimait au fur et à mesure de la descente, de façon à assurer automatiquement l'égalité des pressions internes et externes, limitant ainsi les risques d'entrée d'eau. Pour compléter le tout, un trépied en fer forgé à branches coulissantes permettait d'installer la chambre de façon stable, ce qui était évidemment indispensable en raison des temps de pose pouvant aller de 5 à 30 minutes. Les premières photos subaquatiques furent prises entre 3,5 et 11 m de fond.

Par la suite, encouragé par les premiers résultats, Louis Boutan fit construire un second appareil amphibie de plus grand format, 18 x 24 cm, et muni d'un objectif plus lumineux permettant de réaliser des photographies « instantanées ».

 

La première lampe photo sous-marine

La lumière solaire était suffisante pour opérer à 3 ou 4 mètres sous l'eau mais aux plus grandes profondeurs, l'absorption trop forte nécessitait le recours à un éclairage artificiel.

L'idée d'utiliser la lumière électrique fut vite abandonnée car les techniques encore rudimentaires à l'époque auraient nécessité des moyens techniques beaucoup trop importants et difficiles à mettre en œuvre.

On ne parlait pas encore de flashes mais de « lampes-photos ». L'usage du magnésium, sous forme de poudre ou de rubans, était connu mais pour l'utiliser sous l'eau, il fallait l'enfermer dans une ampoule remplie d'oxygène et l'enflammer à l'aide du courant fourni par des piles électriques. Malheureusement la combustion était irrégulière et l'ampoule, soumise à des variations importantes de pression et à des chocs thermiques, éclatait très souvent.

Le problème fut résolu par la suite à l'aide d'un système fort ingénieux mais passablement lourd et encombrant. Une barrique en bois de 200 litres permettait d'emmagasiner de l'air enrichi en oxygène. À sa partie supérieure était assujettie une cloche de verre communicant avec l'intérieur de la barrique par plusieurs trous de gros diamètre. Le fond de la barrique était percé de nombreux petits trous afin de permettre l'entrée de l'eau tout en évitant de trop grandes turbulences et l'ensemble était lesté de 300 kg de plomb.

Dans la cloche se trouvait une lampe à alcool avec à ses côtés une petite boîte contenant de la poudre de magnésium que l'on pouvait souffler sur la flamme grâce à une poire en caoutchouc située à l'extérieur de la barrique et reliée au dispositif par un tube. Arrivé sur les lieux, Louis Boutan équipé de son scaphandre descendait son appareil au fond de l'eau. Lorsque celui-ci était installé, il tirait sur sa corde de sauvetage, le patron de la barque allumait la lampe et laissait descendre la barrique. Après avoir disposé son éclairage, le photographe ouvrait son objectif et pressait sur la poire en caoutchouc pour enflammer le magnésium et provoquer l'éclair nécessaire à la prise de vue. La combustion durait environ 5 s et il ne permettait pas de réaliser de véritables instantanés.

Pus tard, Louis Boutan parvint à réaliser des prises de vue à des profondeurs de l'ordre de 50 m avec des appareils télécommandés par des électroaimants, la lumière étant fournie par des lampes à arc étanches.

 

 

La suite de sa carrière

Il fait paraître, en 1900 chez Sleicher à Paris, La Photographie sous-marine et les progrès de la photographie. Il est alors nommé en Indochine et à son retour en 1906 donne des cours à la Faculté des sciences de Bordeaux. En 1915, il développe avec son frère un appareil de plongée pour l'Armée. Il deviendra plus tard directeur du laboratoire de zoologie d'Arcachon, puis inspecteur des pêches à Tigzirt, fonction qu'il conserve jusqu'à sa retraite. En 1925, il préside la Société zoologique de France. Il nous a laissé des manuels pour étudiants, deux monographies et environ 200 communications scientifiques.


Publié dans Cit'enjeu

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